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I racconti del Premio Energheia Africa Teller

Taloi Klaman_Keita Douda

riruta_Africa Teller 2005.

 

Attiegouakro est un joli petit village situé entre plusieurs petites collines.

Il y a très très longtemps, ce village était aimé de toute la contrée

pour sa prospérité, l’hospitalité de ses habitants et surtout pour la grande

bonté de son roi. La cour royale était ouverte à tous et le roi aimait,

le soir venu, s’asseoir entouré de toute sa famille autour d’un grand feu

de bois pour écouter le récit de ses ancêtres conté par Konan le conteur

du village.

Le lac de conte de Konan ne tarissait jamais. Il était une sorte de bibliothèque

vivante pour la pérennité de l’histoires du village. Konan était

vraiment apprécié du roi car c’était de ces histoire qu’il tirait les meilleurs

leçons pour conduire son peuple. Puis, un soir, Konan raconta comment

la princesse, fille de l’arrière grand père du roi Attiégoua en vint à épouser

Huongbo14, le plus gros et méchant python de la forêt.

A cette époque les hommes vivaient en harmonie avec les animaux. Le

roi Attiegoua premier avait une fille qu’il avait appelé Taloi Klaman15.

Taloi Klaman était très belle, une beauté inégalable jamais rencontrée.

Quand elle marchait, sur son passage, tous restaient statufiés par la

splendeur de ses yeux, les rondeurs de ses reins et l’éclair de son teint

d’ébène. Elle avait une tante qui répondait au nom de Bayefouè16. Tante

Bayefouè fut un Pygmalion dans la vie de sa nièce. Elle était crainte

de tout le village pour ses pouvoirs.

Taloi Klaman avait atteint maintenant l’âge de se marier. Son père, le

roi Attiégoua premier restait ombrageux quant à l’idée de voir sa fille

le quitter pour une autre vie, elle qui avait été depuis sa naissance son

rayon de soleil. Un soir, assis parmi ses notables il expose son inquiétude

afin que ces derniers lui donnent des conseils.

Mais fut en vain, les plus sages conseils de ces notables ne parvinrent

à l’apaiser; toutefois avant de quitter ces notables l’un d’eux lui dit: “Mon

roi, apaise ton âme, la nuit porte conseil”. Cette phrase résonna dans sa

tête comme une fraternique mystique. “Ah oui, cher N’da la nuit porte

conseil”.

Les vieux au village se servent toujours de ces paroles parfois sibyllines

pour communiquer et transmettre des messages que des oreilles indiscrètes

ne doivent comprendre. Quand le roi et les notables se retrouvent dans la

cour royale ou sous l’arbre à palabre pour débattre des problèmes qui leur

sont exposés, les plus délicats sont remis au jour suivant et en se quittant

ils utilisent ce proverbe. En réalité, dans les coutumes et traditions villageoises

africaines, la femme est inférieure à l’homme, elle est la ménagère

docile et ne doit s’occuper que des affaires de la maison. Et pourtant

la femme reste le pilier de la vie familiale, de la gestion administrative

de nos communautés. C’est elle qui motive ou dissuade les plus

grands hommes. “Ah oui… la nuit porte conseil…, la femme porte conseil

car la nuit c’est bien la femme”.

Abla la reine, étendue sur le grabat de la case royale ne dormait pas. Elle

avait remarqué que depuis plusieurs jours son mari le roi, était plutôt

tendu. Abla était une femme courageuse, compréhensive et attentionnée.

Depuis 30 ans qu’ils étaient mariés, elle le connaissait dans toute sa plénitude.

C’était une femme qui savait garder les secrets du foyer et la pérennité

des relations entre amis. Elle se souvenait de toutes les méchancetés

que lui avait raconté Aboua, le meilleur ami d’Attiégoua et ce pour

empêcher qu’ils se marient. Elle aimait de toute son âme son fiancé et

cela ne l’avait pas pour autant motivée à lui dire la vérité sur le comportement

de son ami. Elle appréciait leur rapport et savait aussi que l’union

qui, entre les hommes, n’est fondée que sur cette mutuelle tromperie

et que peu d’amitiés subsisteraient si chacun savait ce que son ami

dit de lui. Abla avait entretenu ce secret seule dans son jardin depuis leur

jeune âge et ce jusqu’à la mort d’Aboua. Pendant qu’elle se remémorait

tout ce passé, son mari s’était glissé sous la couverture à côté d’elle.

Attiégoua resta silencieux quelques secondes puis renifla un bon coup

d’air frais qu’il lui venait des fenêtres de sa case et dit:

“Oh Abla, la situation de notre fille m’inquiète. Tu sais, elle a atteint

l’âge de se marier et je ne lui ai pas encore trouvé de fiancés. Te rappelles-

tu, à cet âge, nous étions tous deux déjà fiancés. Je t’avoue honnêtement

que je crains de faire un mauvais choix. Abla je suis confus”.

“Mon cher mari, j’avoue que j’y pense moi aussi et tu sais Attiégoua la

meilleure preuve d’amour que tu puisses témoigner à ta fille, c’est de

la laisser faire son choix”.

“Mais que dis-tu femme? Comment et quand? Le temps presse et je ne peux

pas laisser ma fille la princesse courir le monde à la recherche d’un mari!”.

“Il n’est pas question de cela. Je voudrais tout simplement te dire de délivrer

la nouvelle dans le royaume et dans les contrées voisines que la princesse

choisira elle-même son époux parmi tous les prétendants le jour et

le lieu qu’il te plaira”.

“Dis Abla, d’où te vient cette ingénieuse idée! Dès demain j’en informerai

mes notables. Toi tu devras parler avec ta fille et lui expliquer”.

Le lendemain dans la cour royale tous les notables étaient présents, le roi

prit la parole et dit: “Mes chers notables, hier soir je vous posais le problème

du mariage de ma fille et sans y avoir trouvé de solutions, nous nous

somme quittés. Avec l’espoir de la rencontrer aujourd’hui. Mais comme

vous le savez la nuit porte conseil et hier toute la nuit j’y ai pensé”, le roi

expliquait dans les détails ce que lui avait confié sa femme.

Sur la grande place du village, une foule innombrable de jeune gens laissait

à coeur joie leur espoir d’être l’élu. Dans sa chambre où elle était

avec sa mère et sa tante, la princesse fit une confidence sur l’homme

qu’elle voulait épouser. Elle voulait un homme beau, grand, élégant et

sans cicatrices. Tante Bayefouè et sa mère avaient essayé en vain de lui

faire entendre raison quant à l’impossibilité de trouver un tel homme.

Mais, sans se décourager, sa tante se résolût à l’y aider. Elle lui expliqua

que, transformée en mouche, elle scrutera tous les prétendants en

vue de trouver le prince charmant.

Pendant sept jours, jour et nuit, tante Bayefouè examina tous les prétendants

sans résultat. Le huitième jour, en un laconique coup de vol elle

avait l’aperçu, beau, élégant, grand et avec un sourire à couper le souf-

fle. Elle s’approcha, le scruta sans découvrir la moindre cicatrice. Mais, il n’y

avait pas de doute, c’était lui le gros et méchant de la brousse: Huongbo.

C’était seulement après que le bruit avait commencé à courir que la princesse

voulait un homme sans cicatrices que Huongbo avait décidé de lui

faire un mauvais tour, en l’emmenant dans sa tanière pour ensuite l’avaler

en un régal d’après midi. Tante Bayefouè se précipita pour informer le

roi et la reine du danger que courait leur fille. Ensemble ils entrèrent à grands

pas dans la chambre de la princesse pour l’informer.

Mais c’est à peine qu’elle avait laissé sa tante finir, qu’elle se précipita pour

voir l’homme qui était derrière. Elle eut le souffle coupé, la voix étranglée

par l’émotion tant l’homme était beau. “C’est lui, c’est lui que j’attendais”.

Avec un sourire au coin des lèvres elle demande à son père de sceller l’union.

Elle avait refusé d’écouter les conseils de ses parents et s’était laissée

emporter par son entêtement. Pourtant elle savait que c’était une erreur

d’écarter leurs avis d’un sourire et de les tourner en dérision.

Les festivités du mariage furent grandioses et Huonbgo décida après trois

jours de rentrer chez lui avec son épouse. Tante Bayefouè encore une

fois, sur demande du roi et de la reine suivit les mariés, transformée en

mouche.

Apres douze heures de marche, ils arrivèrent au campement de Huonbgo

juste après avoir traversé une rivière à l’aide d’une planche. Les trois premiers

jours se déroulèrent sans problèmes, puis le quatrième jour, Huongbo

demanda à son épouse de lui envoyer la nourriture de midi à la pèche

mais une fois arrivée, elle devait l’appeler à cinquante mètres de dos.

Quand elle eut fini de préparer et qu’elle s’apprêtait à partir, tante Bayefouè

lui apparut et c’est prise de panique que la jeune fille faillit crier de

toutes ses forces. “Surtout ne crie pas, aujourd’hui nous irons ensemble lui

porter la nourriture et je souhaite que nous nous approchions de lui pour

voir ce qu’il fait réellement dans le marigot. Ne discute pas, allons-y et tu

verras”.

À l’heure arrivée, ce fut une terrible surprise pour Taloi Klaman de découvrir

cet étonnant et effrayant spectacle qui s’offrait à elle. Huonbgo

s’adonnait à une chasse farouche aux poissons. Il ne s’était pas aperçu

de la présence des deux insolites visiteurs. Prise de peur et de panique

c’est presque évanouie et le souffle noyé que Taloi Klaman ne put s’em-

pêcher de crier à forte voix le nom de son époux. Stupéfait et désabusé

lui aussi, Huonbgo se transforma aussi vite qu’il le put mais c’était trop

tard. Furieux qu’on l’eut reconnu il se transforma à nouveau en python

et se mit à leur poursuite. Tante Bayefouè et Taloi Klaman prirent leurs

jambes à leur cou. Peu de temps après, les voilà maintenant au bord de

la rivière, mais comme par hasard, la planche de la traversée n’était plus

là. Que faire? Tante Bayefouè fit encore appelle à ses pouvoirs mystiques

en chantant:

Nan ta ho bada (Roi du ciel et grand oiseau marin)

Bada la kono ni kangaradjan (J’en appelle à toi)

Sa lé gouho sa djougou (Penses-tu venir me chercher car je suis)

Gouho bada (Poursuivie par un python)

À peine éut-elle eût fini de chanter, qu’un grand oiseau aux ailes d’albatros

vint la chercher pour traverser la rivière. Huonbgo n’était plus

loin et c’est au tour de Taloi Klaman d’entonner le chant mystique. La

voix tremblante de peur elle entonna le chant. Le grand oiseau apparut

et alors qu’il s’apprêtait à prendre Taloi Klaman tante Bayefouè se mit

à chanter derechef. Elle intima à l’oiseau de ne point répondre à l’appel.

L’oiseau se récusa et disparut. La princesse était en pleurs, elle criait

de toutes ses forces. Huonbgo n’était plus loin et s’apprêtait à assommer

son épouse. Alors qu’il se repliait sur lui même pour lancer le coup

fatal, tante Bayefouè chanta, cette fois, pour demander à l’oiseau de prendre

sa nièce. Un peu trop tard peut-être parce que l’oiseau n’apparut pas.

Huonbgo se lança alors avec la tête en forme de poing et juste au moment

où il allait frapper, le grand oiseau sortit de nulle part enlèva Taloi

Klaman. Huonbgo se transforma aussitôt en jeune homme et entonna

aussi le même chant.

L’oiseau réapparut, souleva le jeune homme et durant la traversée en plein

milieu de la rivière tante Bayefoué se remit à chanter:

Abla ho bada (Lâche, grand oiseau, au milieu)

Bada la kono mi kangaradjan (de cette rivière, c’est un gros)

Sa djougou lé ho bada (et méchant python qui nous poursuit)

Aussitôt dit, le grand oiseau lâcha Huonbgo qui s’effondra sur les roches

de la rivière et disparut avec le courant de l’eau.

De retour au village et quelques jours après, tante Bayefouè dit a sa

nièce: “Taloi Klaman, comprends que, quand un enfant veut jouer à

se mettre le doigt dans le feu, ne l’en empêche pas car après s’être brûlé

il saura que c’est dangereux; et apprends également que le respect

des parents est sacré, refuser les conseils des aînés, c’est s’exposer aux

dangers de la vie”.

 

Note

1 O’level: esame di livello dell’ordinamento scolastico britannico per gli alunni di circa

sedici anni per permettere la continuazione degli studi o entrare con un diploma nel mondo

del lavoro.

2 Slum: insediamento urbano informale nelle periferie delle grandi città.

3 Matatu: minibus usati come mezzo di trasporto informale dell’Africa orientale.

4 Compound, che si traduce come recinto o area cintata, indica solitamente un complesso

di capanne, casupole o anche case in muratura, che si affacciano su uno stesso cortile

(ad es. il compound delle Nazioni Unite) non per forza effettivamente racchiuse da un

recinto.

5 Ugali: parola ki-swahili che indica la polenta di farina di mais, principale componente

dell’alimentazione di tutta l’Africa orientale.

6 Shamba: pezzo di terreno, solitamente coltivato, che circonda una casa fuori città. Corrisponde,

in qualche modo, all’aia o all’orto delle fattorie italiane.

7 In Africa l’arbre à palabre è l’albero sotto il quale ci si riunisce.

8 In Africa occidentale il griot è il poeta musicista e lo stregone ambulante.

9 Cauri: conchiglia che nelle società africane veniva utilizzata come moneta di scambio

10 Huongbo: termine abbey (un gruppo etnico del sud-est della Costa d’Avorio) che significa

pitone.

11 Taloi Klaman: termine baoulé (un gruppo etnico del centro della Costa d’ Avorio) che

vuol dire ragazza bella ed elegante.

12 Bayefouè: termine baoulé che significa maga.

13 Coquillage qui dans les sociétés africaines anciennes servait de monnaie d’échange.

14 Terme Abbey (une ethnie du sud est de la Côte d’Ivoire) qui signifie python.

15 Terme Baoulé (une ethnie du centre de la Côte d’Ivoire) qui veut dire belle et élégante

fille.

16 Terme Baoulé qui signifie sorcière.