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Appunti di viaggio

Voyage!

_di Rima Abdel FattahVincitrice Premio Energheia Libano 2013.

premio energheia 2013En cochant la case “voyage culturel” sur la demande de visa que je devais remplir pour partir en Italie, je ne pouvais deviner à quel point ce voyage allait être … culturel !

En quelques jours, je découvris des vérités que mille lectures ne sauraient me prouver. Rencontrer des poètes, des écrivains dont je n’avais jamais entendu parler. Les écouter présenter leurs œuvres écrites dans une langue que je comprenais à peine mais dont la musique m’enivre, me va droit au cœur. Apprécier ces moments… n’est-ce pas la preuve de l’universalité de l’Art ?  M’écouter présenter, dans une langue qui n’était pas la mienne non plus, ni celle de ceux qui m’écoutaient d’ailleurs, le pays dont je venais, ses souffrances, sa ténacité… quoi de plus enrichissant que ce dialogue des cultures ?

Je n’oublie pas non plus, cette expérience d’un autre genre : dormir dans une grotte qui faisait office de chambre d’hôte, se réveiller, prendre le petit-déjeuner sur une terrasse d’où je pouvais embrasser du regard la vieille ville avec ses petites maisons de pierre… Je prenais plaisir à voir se réveiller ses habitants dont les fenêtres s’ouvraient pour laisser voir des rideaux de fine dentelle blanche. Après le long sommeil de la nuit, la ville reprenait vie, mais nul n’osait briser ce silence divin auquel je goûtais tandis que la brise légère du matin caressait mon visage. Même les touristes matinaux qui gravissaient les petits escaliers de pierre semblaient se déplacer sur la pointe des pieds. Leurs chuchotements montaient vers moi comme des prières. En face de moi, une page de l’Histoire s’étalait sur le flanc d’une montagne aussi vieille que le monde, ou presque…

premio energheia 2013Je le compris dès ce premier matin. Je réalisai que je n’étais pas arrivée en simple visiteur avide d’évasion ou de nouveauté… Je n’étais pas un touriste venu prendre quelques photos, acheter quelques souvenirs… Je n’étais pas non plus un pèlerin en quête d’une paix intérieure… En réalité, j’étais tout ça… et plus encore.

J’étais venue marcher sur les vieux chemins, gravir les marches de pierre, faire le tour de la ville, longer ses murs centenaires, jeter des regards émerveillés sur ses « sassis » creusés à même la roche, qui en disaient long sur l’endurance des peuples qui s’y sont succédé. Bercée par la voix de mon guide, je crus voir leurs empreintes gravées sur les pierres qui abritaient des fossiles. Je les imaginai sur les sentiers, dans les grottes… Fantômes que s’amusait à ressusciter mon imagination.

J’étais venue graver dans la mémoire d’un appareil sophistiqué des dizaines de clichés : des vues d’ensemble, des gros plans, des plongées, des contre-plongées… autant de preuves qu’il ne s’agissait pas d’un rêve. Ces prises suffisaient-elles pour graver à jamais dans ma mémoire le sourire de ces artisans qui me tendaient fièrement leurs chefs-d’œuvre en argile ? De quelle photo émergerait-il un jour le même chant mélodieux qui sortait de ces petits sifflets bariolés qu’ils portaient à leurs lèvres ?

En quelques jours, je tombai sous le charme de Matera. Joyau étincelant de mille feux la nuit. Monument, trésor de tous les temps le jour. Matera… magique ! Matera… mystique ! Matera… unique !