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Energheia EuropaI racconti del Premio Energheia Europa

Quelqu’un d’autre, Lucie Todeschini

Compte finaliste du Prix Energheia France 2020.

 

Aujourd’hui, cours d’écriture avec notre cher professeur Harry. Je ne suis pas très enthousiaste à l’idée d’y aller, alors que d’habitude, je suis me réjouis toujours des cours de Harry : il nous transporte dans son univers, un voyage qui nous coupe de la réalité et qui fait une pause dans le temps. D’autant plus qu’aujourd’hui, la célèbre romancière Elsa Cartier sera présente pour nous présenter son nouvel ouvrage et nous parler de ces expériences en tant qu’écrivaine Je pense aux millions de choses que je dois encore faire avant la fin de la journée (et que je ne ferais probablement pas car je trouve toujours quelque chose d’autre à faire à la place, et inutile qui plus est), mais bon, je vais y aller malgré tout, pas vraiment convaincue à l’idée de braver la pluie battante pour assister au cours.

En arrivant dans la salle de cours, Harry et Elsa étaient déjà là, ainsi que quelques autres étudiants. Après quelques minutes, Harry nous invita au silence et commença son cours. Il nous expliqua ce sur quoi nous travaillerons aujourd’hui, mais que nous allions tout d’abord commencer à avec l’interview d’Elsa Cartier. Harry l’invita à le rejoindre, elle se leva de son siège et monta sur l’estrade.

Elle commença à raconter ses débuts, ses premiers écrits, ses idées et ses inspirations, ses doutes, ses craintes. Elle ne savait pas vraiment pourquoi elle avait commencé, où est-ce que tout cela la mènerait, si elle allait continuer, si elle le voulait d’ailleurs. Il s’est avéré que cela lui a plu, et qu’elle en a fait aujourd’hui son métier. En entendant son histoire, je me suis un peu reconnue en elle : commencer à écrire car on ne se savait pas comment s’occuper autrement. J’ai beaucoup tendance à rêver, pas seulement dans mon sommeil, mais dans la vie de tous les jours, surtout dans les transports. Regarder le paysage défilé, avec idéalement de la musique dans les oreilles. Je m’imagine souvent dans la peau d’une autre personne, d’un moi idéalisée. Comment serait ma vie si j’avais été quelqu’un d’autre, la personne que je voulais vraiment être. Je me souviens du jour où j’ai commencé à retranscrire ces pensées dans mon carnet. C’était lors d’un dimanche pluvieux et ennuyeux du mois de novembre, le dimanche typique quoi. 8 heures du matin, j’étais réveillée depuis une bonne heure mais je trainais au lit. Cela faisait quelque temps que je n’avais pas le moral : stressée par les cours, sentiment de manque envers ma famille et de déception envers moi-même. Oui, déçue. Déçue car toujours en lutte constante avec ma conscience qui, avec sa petite voix résonant dans ma tête, me dénigre sans cesse, est constamment en contradiction avec moi. Elle prend souvent le dessus, gagne chaque dispute entre nous deux ce qui me fait finalement sentir mal. Et donc triste, avec plein d’idées noires et négatives qui se mêlent dans ma tête.

C’est en tournant ma tête en direction de mon réveil pour jeter un coup d’œil à mon réveil que je le vis posé sur la table de nuit. Mon carnet, celui que j’avais acheté lors de mon séjour au Portugal.

Il était posé là, sur une des étagères de ce petit magasin dans une ruelle du centre-ville de Lisbonne. Il se trouvait parmi d’autres souvenirs : tasses, stylos, serviettes, t-shirts… aux couleurs du Portugal. Mon regard se baladait d’un objet à un autre, jusqu’au moment où il se posa sur ce carnet : petit, une couverture en liège avec des motifs multicolores, un élastiques pour pouvoir le refermer et un ruban beige accroché à la reliure en guise de marque page. En feuilletant ses pages vierges, je m’imaginais déjà le remplir de toutes les pensées qui me passeront par la tête, et qu’il deviendrait alors ma « boîte à idées ».

J’étais bien optimiste à l’époque. Effectivement, lorsque je me levai du lit, attrapa le carnet et l’ouvrit, je découvris les pages vides, et me dit à moi-même : « C’est bien toi ça, acheter des choses et se dire que je pourrais faire ça et ça avec, et que finalement ça va se retrouver dans un des tiroirs du bureau. ». Je repense alors à ce que Elsa vient de dire. « Écrire, cela me permet de mettre des mots sur mes émotions, de me libérer des mauvaises pensées qui m’empêchent de continuer. Écrire est vraiment un échappatoire pour moi. On se sent beaucoup mieux après. ». Peut-être est-ce cela la solution, retranscrire mes rêves à l’écrit, donner vie à cette personne que j’ai toujours voulu être ? Cela m’aidera sûrement à y voir plus clair dans mes pensées et peut-être gagner cette guerre dans laquelle je lutte depuis des années avec ma mauvaise conscience.

Après le cours d’Harry et cet entretien avec Elsa, je me sentie bien, mieux qu’en arrivant et je ressentis le besoin de réfléchir à tout ça. Dehors, le ciel semblait se dégager. Je n’avais pas envie de rentrer chez moi tout de suite. Je décidai donc d’entreprendre une balade dans Paris, errer dans les rues, sans savoir où aller. Après quelques minutes de réflexion, je décidai de me diriger en direction du jardin du Luxembourg, à deux pas de la Sorbonne.

J’ai toujours adoré cette endroit. Un poumon vert au plein de cœur de Paris, non loin de la Sorbonne, du Panthéon, du boulevard St-Michel, du Quartier Latin. Quand je pense à Paris, je pense à ces lieux. Pour moi, tous ces lieux sont l’essence même de la ville.

J’arrive devant l’entrée du parc. Je me tiens devant ces grilles noires ornées d’une pointe dorées, impressionnée par leur hauteur, bien qu’elles ne soient pas très grandes. La porte était ouverte vers l’intérieur du parc, comme si elle m’invitait à m’engager sur cette allée sablonneuse entourée de ces impressionnants chênes, qui conduirait jusqu’au centre du jardin. Je m’engageai donc sur le chemin, observant tantôt ce qui passait dans le ciel, tantôt ce qui se passait sur terre. Sur un des bancs situés dans l’allée était assis un homme, probablement aveugle au vue de sa canne posée près de lui et de ses lunettes de soleil, et qui jouait de l’accordéon. Ah l’accordéon ! Cet instrument donc la douce mélodie est typique du paysage archétype parisien ! Aux pieds de l’homme se trouvait un béret rempli de quelques pièces. Beaucoup de passants passèrent devant lui sans lui prêter la moindre attention ; rare étaient les gens qui s’arrêtaient pour déposer quelques sous dans son béret, et quand cela arrivait, il s’arrêta de jouer pour remercier ces personnes. Je continuai de parcourir l’allée jusqu’à arriver à la fontaine située devant le palais du Luxembourg. Je fis le tour pour pouvoir admirer les statues entourant la fontaine d’un peu plus près et en arrivant près de la statue représentant un lion, je vis un jeune homme dont le visage m’était particulièrement familier. Je m’arrêtai de suite. Ça y est, je me souviens. Été 2013, Californie, jusqu’à présent le plus bel été de tout ma vie, en partie grâce à lui. Et depuis, je n’ai jamais cessé de penser à lui, de tout ce qu’il m’avait dit lors de ce voyage. Il est devenu un des protagonistes de la vie de mon moi idéalisé. Nous nous étions revus à quelques reprises mais depuis, je n’ai pas eu de nouvelles. Peut-être m’avait-il oublié ? En tout cas moi, je ne l’ai pas oublié. Mais était-ce vraiment possible ? Était-ce vraiment lui ? Pouvait-il vraiment être là, en ce lieu à ce moment ? Je ne savais pas quoi faire : l’aborder, faire demi-tour ? C’est alors qu’il leva la tête dans ma direction. Il me vit, me fit signe de la main comme s’il m’attendait depuis un petit moment et se dirigea vers moi.